Agatha Christie...
- Ashfield, Torquay, Devonshire, Ealing... Tant de noms qui fleurent bon l’aristocratie provinciale anglaise et ses farouches accents victoriens. Curieux dès lors d’y voir naître, le 15 septembre 1890, la petite Agatha Mary Clarissa Miller. Curieux, pour la bonne raison que ce troisième enfant - tardif - de Frederik Miller et Clara West allait devenir la reine du crime, vendant à elle seule quelque deux milliards et demi de livres, soit à peine moins que son compatriote William Shakespeare, champion hors catégorie au rayon des libraires.
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- Mettre ainsi côte à côte ces noms n’est d’ailleurs pas sans risques, car ces deux monstres sacrés n’ont pas été logés à la même enseigne de l’histoire de la littérature... Et pourtant, combien de tragédies, de drames, de trahisons, de crimes de sang, de meurtres, chez l’un comme chez l’autre. Où donc se terrent les différences, réelles ou prétendues, artistiques ou humaines, qui font d’un auteur un romancier, d’un autre un génie, d’un troisième un poète ? Difficile question à laquelle on ne peut répondre que par de subjectives certitudes…
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- Ce qu’il faut entrevoir en tout cas, dans la vie discrète et parfaitement insondable de Dame Christie, c’est cette fascination pour la mécanique romanesque, cet indicible besoin de se dévoiler parfois au coin d’un personnage. Et peut-être, au long de la centaine de récit qu’elle allait écrire, l’impérieuse envie, qui est celle de tout être humain, de laisser sa trace dans son monde.
Extrait du papillon
"La Souricière"
Jouée sans interruption depuis plus de 50 ans dans le West end de Londres, ”La Souricière” s’est hissée depuis au rang de curiosité nationale, au même titre que les bijoux de la couronne, la Tour de Londres, Big Ben et... les ”fish and chips”.
Le spectacle mis en scène par Bernard Novet reprend le texte original (traduction P. Florent) et lui ajoute un prologue tiré des premières pages du roman original d'Agatha Christie, qui servit de base à l'adaptation dramatique. Un prologue joué en extérieurs, dans un train de l'époque...
Un soir de neige, de tempête. Un quartier de Londres en effervescence. Un meurtre - forcément. Près des lieux du drame, où des ambulanciers évacuent le corps de la victime, on retrouve un calepin avec, en bonne place, l'adresse de la victime, et celle d'une pension de famille, qu'jeune couple - sans histoires - doit ouvrir le soir meme dans la région... La tempête redouble !
Les figurines sont en place, ne reste qu'à ouvrir la boîte de Pandore !
Le texte original des séquences d'ouvertureVoyage en train
Tandis que le parc automobile se remplit peu à peu dans les dernières lueurs d’une froide journée d’hiver, les spectateurs se dirigent vers le quai de la Gare.
Ayants passés leurs habits de soirée,
ils basculent doucement dans le monde d’Agatha
Christie. C’est la saison des fêtes, nous sommes au
milieu du siècle... Sur la place, quelques mendiants
bousculent les passants en quête d’un sou. Le thé est
servi par les dames de la croix-rouge…
Bientôt, un sifflement strident déchire la nuit. C’est la locomotive à électricité, une toute nouvelle invention qui, sous la conduite experte du mécano, se prépare à partir. Quelques Bourgeoises endimanchées s’énervent un peu de ne pas pouvoir monter dans les wagons... Et voilà qu’un fiacre arrive sur la place pour y déposer trois dames au caractères bien trempés, qui se houspillent sans vergogne… La soirée s’annonce mouvementée !
Le chef de gare fait embarquer ce petit
monde dans le train, ayant pris soin de vérifier les
billets. Un inconnu traverse la foule, suscitant
colère et bousculades… Encore un sifflement, et le
train se met en route : le convoi disparaît dans la
nuit.
A bord des voitures, l’ambiance est tendue. Les trois
harpies continuent de s’entre-déchirer à la barbe des
voyageurs. Le contrôleur est victime de l’une d’elles.
L’altercation est fameuse…
Mais voilà soudain que le train s’arrête. Brusquement.
Son appareil de photo en bandoulière, un journaliste
saute dans les wagons, se met à prendre clichés sur
clichés en direction de l’extérieur. Au loin, on
aperçoit une voiture de police qui vient déposer deux
agents. Derrière eux, deux infirmiers portent une
civière. Visiblement, c’est un cadavre que l’on
emmène. L’étonnant cortège, pris dans le ballet des
phares de voitures, fait le tour du train. Le corps
est déposé dans une ambulance qui s’en va dans la
nuit. Quant aux officiers de police, laissant leurs
«bobbies» reprendre les voitures, ils montent dans les
wagons, et se mettent à interroger les gens...
De retour en Gare, les voyageurs sont invités à
rejoindre «Monkswell Manor», afin d’y poursuivre la
soirée. Mais en route, la Police interpelle deux
mendiants. Ont-ils vu quelque-chose ? L’un des
passagers du train n’avait-il pas l’air suspect ?
Etrange... Mais le plus étrange, c’est que le journal
du soir que l’on distribue dans les rues fasse déjà un
récit aussi complet du meurtre de Maureen Lyon !...
Quoi qu’il en soit, et tandis que les voyageurs
arrivent en vue du Manoir, la neige se met à tomber
par rafales. Déjà, un automobiliste - visiblement un
étranger - enrage devant sa voiture coincée dans une
congère... Qui donc a tué Miss Lyon ? Y aura-t-il un
second meurtre au Manoir ?
Bonne soirée...
... et Shakespeare !
”Je suis de ceux qui pensent appartenir au groupe d’humains pour lequel Shakespeare écrivait. J’ai pris dès mon plus jeune âge l’habitude d’aller voir jouer ses pièces et je crois fermement que c’est le seul moyen de le comprendre. Shakespeare écrivait par goût du spectacle, à l’intention de ceux qui aiment aller au théâtre. J’ai souvent amené ma fille à Stratford, puis mon petit-fils ainsi que mes neveux et nièces. L’un de ces jeunes garçons me dit un jour après une représentation de Macbeth : Je n’aurais jamais pensé que c’était ça, Shakespeare. C’est formidable, des histoires de gangsters, tellement excitant et réel !”
Agahta Christie
Lettre au ”Times”, 1973
Photos
Quelques ambiances du spectacle.




